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Vu du Gard #15

Vu du Gard #15

publié le mardi 16 septembre 2014


- Rédaction en chef : Radio Grille Ouverte
- Reportages : Raje, Delta FM, Radio Sommières, Radio Système

- Au sommaire de cette édition :

Da Storm : avis de tempête sur le hip-hop
Un sujet de Raje

De grosses voitures, de jolies filles et des armes : ces clichés sur le rap, Da Storm aimerait qu’on les oublie. L’association nîmoise, qui œuvre depuis 2007 à la diffusion et la promotion de la culture hip-hop, est née d’un collectif de rap qui pratiquait depuis une dizaine d’années. « On était également de grands consommateurs de festivals, mais on devait se déplacer car, hormis le Festivaldegour à la Zup, rien n’existait sur place », rappelle Sébastien Patin, DJ et co-fondateur de Da Storm. “Tout simplement hip-hop”, festival polymorphe qui installe sa 8e édition du 17 octobre au 2 novembre prochain, répondait donc à un réel besoin et attire aujourd’hui quelque 3000 spectateurs.

Mais, d’abord, petite explication de texte pour les plus de 40 ans : « Le hip-hop, c’est toute une culture urbaine, née dans le Bronx au début des années 70 et se déclinant en plusieurs disciplines : le rap, le DJing, le graffiti, la breakdance et le beatboxing », détaille Sébastien Patin. « Les groupes médiatisés donnent une image faussée de cette culture : plutôt de la soupe, alors que c’est très riche, renchérit Ghislain Nouguier, artiste et autre fondateur de Da Storm. Nous avons grandi avec un rap revendicatif, évoquant des faits de société (suicide, immigration…), une musique née de la souffrance et de la douleur, très loin du rap “prêt à consommer”. Nous sommes très attentifs à la qualité de l’écriture. ».

Le festival est né également de la volonté de ces deux passionnés de « valoriser les talents locaux qui ne disposaient pas de vitrine, de fenêtre d’expression… au point qu’on multipliait à l’excès les premières parties, pour mieux les faire connaître. Ce petit “défaut” de jeunesse a été gommé », s’amuse Ghislain Nouguier, mais le festival s’est parallèlement bien étoffé : deux semaines de manifestations, dans la niche creuse de la Toussaint, avec expositions, projections, battles de beatbox et de breakdance, soirées DJ, ateliers (avec notamment des interventions à la maison d’arrêt de Nîmes), stages et créations… Le festival s’étend aussi à d’autres communes gardoises : Générac, Sommières etc. Parfois, Da Sorm est co-producteur de projets, car les partenariats sont nécessaires. C’est le cas avec le Théâtre de Nîmes et le Cratère d’Alès. Il bénéficie aussi du soutien du Conseil général. Des artistes ont ainsi été accueillis en résidence à Condorcet, dans le cadre d’Artistes au collège : Les Silences obligés, de Nabil Hemaïzia qui se produira au Théâtre de Nîmes, le 22 octobre, en duo avec Nacim Battou, sera accessible aux spectateurs aveugles ou malvoyants grâce à une audio-description réalisée par Accès Culture.

Rester accessibles à tous est d’ailleurs une volonté constante de Da Storm : « Les spectacles sont fédérateurs. On y voit des grands-mères et leurs petits-enfants. C’est convivial et familial… ». Vrai aussi dans leur activité, tout au long de l’année : « Nous voulons échanger et transmettre. C’est pourquoi nous répondons à de nombreuses sollicitations, dans les écoles, les centres sociaux et les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques. » Dans ces ITEP qui accueillent des enfants et adolescents présentant des troubles du comportement importants, vivant souvent des drames familiaux, leur intervention se révèle précieuse : « Dans le rap, on écrit sa vie, on n’imite pas celle des autres. On pousse ces jeunes à réfléchir, à expliquer pourquoi ils écrivent, par exemple, qu’ils n’aiment pas telle ou telle institution. Pas besoin d’insultes ou de gros mots, on peut dénoncer comme Gainsbourg ou Brassens, apprendre à argumenter… »

Retrouvez toute la programmation du festival sur gard.fr. (notamment, concert de Kendra Morris le dimanche 2 novembre).

Réservations spectateurs aveugles et malvoyants pour Les Silences obligés, le 22 octobre, 19h : Adèle Brouard (tél. 04 66 36 65 19 ou a.brouard@theatredenimes.com)

Little Marcel, comme un grand
Un sujet de Delta FM

Little Marcel est devenu grand. En quelques années, l’entreprise gardoise s’est taillé une place de choix sur le marché du prêt-à-porter. Tout commence en 2005, par hasard ou presque. Au Grau-du-Roi, Lynda Leseigneur et Eric Schieven possèdent une boutique d’habillement. Lynda suggère à son compagnon, agent de production dans le textile, de lui dessiner un débardeur. Il devra être tout simple – un exemplaire unique. Sur sa planche à dessin, Eric Schieven conçoit un modèle basique : sur un fond noir, l’inscription "Little Marcel" en lettres enfantines. Les amis, les clients, puis les professionnels rencontrés dans les salons du textile de Paris ou de Barcelone sont séduits par le concept. « Nous n’avons pas vu venir le succès. La demande a explosé et, deux ans plus tard, nous sommes passés à la commercialisation, explique Lynda Leseigneur. Tout est allé très vite ». Loin du petit monde parisien de la mode, les deux entrepreneurs ont choisi d’ancrer leur activité dans le Gard – et de rester fidèles à l’identité « Bord de mer ». Leurs modèles ont évolué. Rayures, couleurs acidulées et matières naturelles sont devenues la signature de la marque, qui se veut « intemporelle et ludique ». L’entreprise compte aujourd’hui 28 magasins en France – sept supplémentaires ouvriront au premier semestre 2015. Une centaine de points de vente distribuent ses produits dans l’hexagone. Présent dans une quinzaine de pays, Little Marcel table sur 30% d’exportation d’ici deux ans… et innove, encore et toujours. « Déjà bien engagés dans le créneau de l’e-commerce, nous investirons en janvier 2015 dans la vente à domicile, une approche plus conviviale et qui permet de toucher de nouvelles clientèles ». Une démarche de proximité qui se nourrit de voyages lointains : cet été, les deux créateurs sont partis en Californie. Sur leur cahier de bord, des notes et des croquis – un avant-goût de la collection été 2015.

Art’Pantin : la marionnette dans tous ses états
Un sujet de Radio Sommieres

Ceux qui assimilent encore marionnettes à Guignol ou à Nicolas et Pimprenelle ont un certain retard à rattraper. C’est une des vertus du festival Art’Pantin organisé à Vergèze, du 3 au 5 octobre prochain, que de nous faire découvrir l’évolution et la richesse extrême d’un art à part entière. « Les tendances récentes ? Le corps du marionnettiste n’est désormais plus caché, il est partie-prenante du spectacle. Et les compagnies font preuve de toujours plus d’inventivité. Par exemple, le spectacle Dans la gueule du gnou est à la croisée des chemins du cirque, de la magie et du mime… », commente Florence Thiébaut, présidente de l’association régionale des marionnettistes et arts associés du Languedoc-Roussillon (AREMA-LR), organisatrice de la manifestation.

Ce forum régional, soutenu par le Conseil général aux côtés de la Région, de la DRAC, de la Ville de Vergèze et de Réseau en scène Languedoc-Roussillon, offre plus de soixante-dix représentations et un spectacle déambulatoire, “Au hasard des rues” – une programmation dédiée, donc, à la marionnette contemporaine et pour tous publics (après une journée de rencontres professionnelles en partenariat avec THEMAA, association nationale des théâtres de marionnettes et des arts associés).
Vitrine de la création en région, Art’Pantin permet aussi de découvrir d’autres compagnies nationales, comme Les Anges au Plafond, de Malakoff (92) et les Areski, de Toulouse, « qui proposent toutes deux un travail à partir du papier, la première avec de petits formes animées, la seconde à partir de lettres envoyées et reçues par Camille Claudel, un spectacle qui s’adresse aux adultes et ados à partir de 12 ans » – preuve supplémentaire de l’évolution du genre, qui ne concerne plus seulement les tout-petits. Cette année, ils seront bien servis tout de même, dès dix-huit mois, grâce à trois compagnies de Perpignan.

Autre thème récurrent en 2014 : l’itinérance, avec Les Petites choses et L’Arbassonge qui proposent des saynètes testées en vélo, sur le chemin de halage du canal du Midi, et avec Hélice théâtre qui est allée à la rencontre de ses publics, lors d’une sorte de Tour de France de compagnons, et qui exposera son travail tout en proposant Corpus, un spectacle avec des objets gonflants, drôle et onirique, sur le thème de la femme.
Au total, 20 compagnies se produiront. Art’Pantin fête cette année sa 12e édition. 5000 visiteurs sont attendus.

Retrouvez la programmation complète sur gard.fr

Spectacles de 4 à 6 €, voire gratuits. Jusqu’au 2 octobre, achat des billets en ligne ou par téléphone au : 04 66 51 59 41 ou www.artpantin.com. Pendant le forum : à l’accueil billetterie de 9h à 17h30. Possible aussi sur les lieux de spectacle, 30 min avant la représentation.

Avant-première : une grande expo célèbre le centenaire 1914-2014 aux Archives
Un sujet de Radio Système

Nos grands-parents dans la Grande Guerre : 1914, les moissons interrompues : le titre donne le ton. Des vies fauchées et toute une population impliquée – nos propre familles – dans l’un des départements pourtant les plus éloignés du front. Labellisée par la Mission du centenaire, créée en 2012 auprès du Secrétariat d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire pour coordonner plus de 2000 projets en France et dans le monde, l’exposition des Archives départementales du Gard, inaugurée le 7 novembre prochain, propose un parcours passionnant et inédit : il permet notamment de comprendre le cheminement qui a mené à ce conflit meurtrier, en montrant que, dès 1871, on s’y préparait !

Le projet mêle archives et objets du quotidien, grâce à un partenariat avec l’Office National des Anciens combattants et Victimes de Guerre (ONAC-VG) et le Club d’Histoire au Travers des Objets (CHATO) de Saint-Gilles. Il présente aussi des lettres, carnets, souvenirs de particuliers issus de la Grande collecte initiée en 2013. Les Archives départementales déroulent, sur 400 m2, un témoignage en trois volets : la marche vers la guerre (1872-1914) ; la mobilisation générale (1914) ; la vie à l’arrière (1914-1916). Une seconde exposition, dédiée à la fin de la guerre, est programmée en 2018.

Comment parler de la guerre alors qu’on n’est pas dépositaire des archives militaires et que le Gard n’a pas été une zone de combat ? Autrement dit, comment évoquer la guerre sans parler des opérations militaires ? En fait, le Gard a accueilli très vite (dès le 13 août) des blessés, des prisonniers et des réfugiés ; les femmes ont dû remplacer les hommes aux champs ; les chevaux ont été réquisitionnés ; le ravitaillement était difficile, surtout à la fin.

Mais revenons aux débuts : 1914 n’est pas un point zéro. Nîmes connaissait déjà une présence militaire très forte. 3 régiments y étaient implantés avant la guerre : le 40e d’infanterie (à Nîmes, Uzès et Alès) et les 19e et 38e d’artillerie de campagne (RAC) à Nîmes, dans le camp de Massillan (actuel camp des Garrigues), route d’Uzès. Le 55e régiment d’infanterie était stationné à Pont-Saint-Esprit. Et Saint-Hippolyte-du-Fort accueillait une école militaire préparatoire des enfants de troupe. Lors de la mobilisation générale, le 2 août 1914, le Gard compte huit régiments. Le départ de ces troupes, appartenant à la 15e région militaire, aura donc un fort impact sur la vie locale.

En 1910, le Gard connaît une révolte des conscrits, qui avaient été rappelés au camp de Massillan pour des exercices. Au chant de l’Internationale, ils ont marché sur Nîmes. Et, en 1912, quand Jaurès est venu à Nîmes, il a fait arènes combles !

5 grandes lois sur le recrutement militaire sont adoptées de 1872 à 1913 : en 1889, le service actif passe de 5 à 3 ans et 1905 scelle la fin du tirage au sort : le service obligatoire pour tous, réduit à 2 ans, est de nouveau porté à 3 en 1913 (loi dite des 3 ans, en réaction à une loi allemande)… Le passage devant le conseil de révision, qui statuait sur l’aptitude des jeunes gens à être de futurs conscrits, marquait symboliquement le passage à l’âge d’homme, fêté parfois avec quelques débordements. D’autres documents d’avant guerre appellent que le gouvernement recensait les animaux et les voitures, prêts à être réquisitionnés. Il ne voulait pas être pris au dépourvu…

Cette logistique phénoménale et très efficace aura permis la mobilisation rapide de 3,7 millions d’hommes, dont près de 100 000 officiers. Dans le Gard, 36 trains partent entre le 5 et le 9 août 1914. Avec près de 50 wagons en moyenne par train, ce sont plus de 21 000 sous-officiers et hommes de troupe, 400 officiers et près de 2 500 chevaux et mulets qui quittent Nîmes et Pont-Saint-Esprit pour le front de l’Est de la France. Entre le 10 et le 20 août 1914, 4 500 hommes du 15e corps sont tués… Ils auront payé un lourd tribut, et ne méritaient certainement pas le discrédit jeté par “l’affaire du 15e CA”.

Très rapidement, il a fallu lever des fonds. Des associations s’occupant des prisonniers gardois en Allemagne ont organisé des tombolas et le gouvernement a lancé les fameuses “Journées du poilu”. L’exposition réalise diverses focales sur l’effort de guerre, qui concerne tout le monde.

Justin Lacas, cultivateur blessé à Verdun, est l’un de ces combattants dont l’exposition suit le parcours – forcément poignant. Une manière supplémentaire de rappeler que, derrière les grandes manœuvres, il y avait des hommes… et des femmes. Le Président du Conseil Viviani leur a d’ailleurs lancé, dès le 7 août 1914, un appel au travail publié en une du Populaire du Midi : « Je vous demande de maintenir l’activité des campagnes… »

1914-1918 a été une guerre totale impliquant toute la population.

Des stylos fabriqués avec des douilles de balles, mais aussi des casques à pointe, des baïonnettes, des matricules et, plus pacifiquement, des correspondances – telle celle par laquelle un tuteur s’inquiète du sort de son pupille, puis apprend qu’il est mort au combat… Des élèves ont comme sujet de rédaction : « Vous écrivez à votre père qui est au front »…

L’exposition est visible jusqu’aux vacances de février 2015. Ce travail de mémoire sera complété par des représentations théâtrales (lecture de lettres de poilus) en novembre, des conférences à l’auditorium des Archives, des visites pédagogiques, des ateliers généalogiques, des émissions sur France Bleu Gard Lozère, une quinzaine cinématographique organisée par l’ONAC au Sémaphore, une présentation de carnets de poilus réalisés par des enfants, dans le cadre de l’opération « Petits artistes de la mémoire », toujours avec l’ONAC. L’exposition donnera également lieu à l’édition d’un catalogue. Et les souvenirs prêtés par les Gardois, numérisés, seront mis en ligne sur le site europeana1914-1918.fr

Ecoutez le magazine en ligne :

Vu du Gard n°15

15
http://www.franclr.fr/CG30/15.mp3

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