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Radio numérique : 600 stations menacées de disparition

Radio numérique : 600 stations menacées de disparition

Article de Arnaud Devillard paru dans 01net le 26/01/2009

publié le mercredi 28 janvier 2009

Radio numérique : 600 stations menacées de disparition.
Face au coût du passage à la radio numérique, certaines stations annoncent qu’elles vont disparaître, d’autres s’organisent.
Mais les avantages du projet ne sont pas flagrants.


Radio Canut, à Lyon, existe depuis une trentaine d’années. Et risque de ne pas continuer bien longtemps. Parce qu’elle n’en voit pas l’intérêt, parce que le projet a été imposé, parce que les coûts sont bien trop importants, cette station associative et autogérée n’a pas déposé de dossier de candidature au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pour émettre en numérique.

La migration de l’hertzien analogique vers le numérique sera pourtant un passage obligé pour toutes les radios qui souhaiteront continuer à émettre. Le début du basculement devrait avoir lieu à la fin de 2009, avec un an de retard sur le calendrier. 600 radio locales sont concernées en France par cette évolution, censée offrir un meilleur son, une couverture géographique plus étendue et de nouveaux services interactifs. Mais qui ne convainc pas tout le monde.
Radio Canut participe au collectif Radios en Lutte, qui regroupe des stations inquiètes, voire hostiles au projet. Une pétition a été lancée pour s’y opposer ou du moins prendre en compte les contraintes spécifiques de ces acteurs.

Ce passage à la radio numérique pose en effet de gros problèmes aux petites stations. D’abord financiers, puisqu’il faut s’assurer les services d’un prestataire (un multiplexeur) chargé de faire le lien avec les diffuseurs, comme TDF, et se ré-équiper entièrement. S’y ajoute une nécessaire formation à cette technologie et de nouvelles contraintes.
Les postes de radio numériques seront munis d’écrans où défileront des données associées aux programmes, des informations en images (pochettes des albums par exemple) et - c’est tout l’enjeu pour les grosses radios nationales - des publicités. C’est un peu la radio qui veut faire de la télé... En tout cas, ces informations devront bien être créées et intégrées par quelqu’un. D’où la nécessité de recrutements... mais dont les radios locales n’ont pas les moyens.

La qualité sonore en question

« La seule diffusion nous coûterait entre 40 et 70 000 euros par an, explique Alex Maillet, technicien à Aligre FM, à Paris. L’autodiffusion ne sera plus possible car il nous faut passer par un prestataire de multiplexage ». A Angers, Radio G, qui a déposé malgré tout un dossier de candidature, parle de 25 000 à 30 000 euros, soit un tiers de son budget. Pour Canal B (Rennes), ce serait 20 à 25 000 euros.
Le comble pour ces stations étant qu’elles font très peu de publicité et que la diffusion de données associées existe déjà dans la FM, avec le RDS. « La norme choisie, le T-DMB, est plus que bancale, estime Alex Maillet. Elle sert à gérer audio et vidéo. La qualité sonore n’est pas si terrible que ça car une bonne partie de la bande passante est prise par la vidéo ». Or, l’ambition des radios locales n’est sûrement pas de faire de la vidéo... Pierre Boucard, chez SUN, confirme : « la qualité de son n’est pas au rendez-vous ».
A Radio G, Joanne Erdual nuance : « En termes de transmission de données, c’est plus clair. Avec du relief, sur des petites routes, dans des collines, vous captez sans problème. Mais il n’y a pas une meilleure qualité de son ». A Rennes, Canal B souligne d’autres problèmes. « Au-delà des coûts, explique Yvan Penvern, on se demande quel va être l’intérêt pour les gens de se racheter des postes numériques. Si c’est pour avoir des données associées, Internet est là, et il n’y a pas photo. Et comme Internet va de plus en plus dans la mobilité, cela fait sens de rester sur Internet... » Si Canal B a elle aussi envoyé son dossier au CSA, elle « se garde la possibilité de ne pas émettre en numérique ».

Test à Nantes, autour de SUN, plusieurs stations ont créé en 2006 le Groupement des radios associatives de la métropole nantaise (Gram) (1) pour partager les coûts et le matériel. Elles ont pu mener une expérimentation de 3 mois, à l’été 2007, démontrant qu’elles pouvaient s’autodiffuser et se passer de prestataire. « La loi n’en impose pas », note Pierre Boucard.

C’était aussi l’occasion de mener des tests en province, alors que tout se passait sur la région parisienne. Mais même en mutualisant les coûts, le budget restera important : SUN table sur un investissement initial de 200 à 250 000 euros et des coûts de diffusion de 12 à 15 000 euros par an.

Maintenant, à l’approche de la mise en œuvre de la radio numérique, les petites stations espèrent un geste du gouvernement. « Il y a un public de personnes âgées et de gens à faibles revenus qui ne vont pas forcément se ré-équiper facilement [en poste numérique, NDLR], prévient Alex Maillet. Ce serait bien si l’État créait une loi pour aider à l’équipement et à la diffusion, comme il l’avait fait pour développer la FM. Là, rien n’est prévu ». A la fin de décembre, la ministre de la Culture Christine Albanel promettait une aide financière aux radios locales, mais depuis, pas de nouvelles.

(1) Alternantes, Radio Fidélité, Prun’, Jet FM, SUN, Euradio

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2 Messages

  • Radio numérique : muter ou disparaitre ? 28 janvier 2009 23:51, par JP.Gambier

    Cet article résume les enjeux d’une situation identifiée de longue date par la CNRA et la FRANC-LR.
    Toutes les organisations de radios associatives partagent le même constat : la norme choisie par les pouvoirs publics français est une aberration, elle ne présente comme seul avantage que d’être la solution la plus complexe et la plus onéreuse à mettre en œuvre pour une radio locale et indépendante.
    C’est un dispositif d’exclusion de fait des médias citoyens.

    Contrairement à la position du collectif "Radios en luttes" qui boycotte tout appel à candidature et amène les radios dans l’impasse (voir la cas de Radio Canut), la CNRA et la FRANC-LR encouragent les radios associatives à se porter candidates aux appels à candidature numériques lancés par le CSA :
    - pour afficher et quantifier la demande sociale en fréquences numériques,
    - amener le CSA à y répondre de façon significative et suffisante,
    - exiger des pouvoirs publics la mise en place des moyens financiers permettant aux radios associatives de migrer vers le numérique dans des conditions techniquement satisfaisantes et respectueuses de leur indépendance.

    Les radios libres sont nées du passage de l’AM à la FM, elles se doivent de survivre au passage de l’analogique au numérique.

    Elles sont conscientes qu’il s’agit de migrer vers de nouveaux métiers sur de nouveaux supports, à elles de renouveler leurs cadres et leurs équipes en conséquence, pour répondre à la demande sociale qui n’a jamais été aussi pressante.

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    • Radio numérique : muter ou disparaitre ? 24 mars 2009 13:22, par R3EGUAMNE

      je viens d’apprendre , hier soir cette disparition numériques au lieu de l’analogique. quelles que soient ces évolutions futures, il est inadmissible , en ce camouflant derrière l’Europe, que ces radios actuelles disparaissent fautes de moyen. Je suis pour ces radions de quartier de village, elles doivent exister coûte qu coûte, l’état doit payer le complément de ses engagement *européeréns .

      Bon courage pour ce nouveau combat.
      Aux radios libres CITOYENS !!!

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