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Edito

Edito

pour mémoire

publié le mardi 22 juin 2010


Pour la commémoration du 70ème anniversaire de la Retirada, la Région Languedoc-Roussillon a organisé ou favorisé la tenue de plus de cent cinquante manifestations sur le territoire régional.

Expositions, conférences, projets éducatifs, publications, concerts, inaugurations de monuments commémoratifs ont marqué cette année 2009 et ont permis de rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui ont dit non à la dictature et tout quitté pour ça, reconstruisant peu à peu leur vie en France.

Les témoins directs de cet exode disparaissent peu à peu et c’est pour conserver la mémoire de ces événements que la Région a soutenu le projet de collecte de mémoire orale proposé par la Fédération des Radios Associatives Non Commerciales du Languedoc-Roussillon.

Après la diffusion sur les ondes des vingt documentaires radiophoniques, ce coffret de CD permet de garder une trace de ce travail de mémoire.

Chaque lycée et chaque bibliothèque de la région en recevront un exemplaire pour que le souvenir des luttes des Républicains espagnols puisse être transmis aux nouvelles générations.

Je remercie chaleureusement chacun des témoins qui ont accepté de revenir sur des moments difficiles et ont permis de mener à bien ce travail de mémoire.

Georges Frêche, Président du Conseil Régional Languedoc-Roussillon

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Les Espagnols contribuent à façonner l’identité nationale française. Ils apportent la richesse de leur culture d’origine et de leurs combats d’hier qui doivent rester ceux d’aujourd’hui car ils portent des valeurs qui furent celles, aussi, de la Révolution française universaliste de 1789.

Alors même que les Espagnols représentaient déjà la troisième émigration en France dans les années 1930, avec quelque 250.000 personnes, ils furent près de 500 000, avec les volontaires des Brigades internationales, à franchir la frontière du Perthus en février 1939.

Le gouvernement français de Daladier ouvrit certes la frontière, mais pour enfermer les combattants et les civils dans des camps d’internement. Car il les voyait comme de potentiels fauteurs de troubles, eux qui étaient pourtant l’avant-garde des adversaires du nazisme. Et les Espagnols comme les Interbrigadistes ne purent comprendre qu’ils soient ainsi accueillis sur la terre des droits de l’homme.

Ils connurent donc les camps d’internement en métropole ou en
Afrique du Nord. Dans leur très grande majorité ils repartirent en Espagne. L’étude reste à faire qui montrera dans quelle mesure ils furent contraints de le faire ou fortement incités ou emportés par le flux et reflux traditionnel des déplacements de population dans la zone de combats ou finalement profondément dépités par l’accueil des barbelés français.

On connaît davantage l’histoire de ceux qui restèrent. Certains furent internés pendant des années ; une grande majorité fut intégrée dans des Compagnies de Travailleurs Étrangers, contribuant ainsi à la mobilisation de 1939-1940. Plusieurs milliers furent capturés par les Allemands et, cas unique, furent envoyés dans le camp de concentration de Mauthausen. Moins du quart en revint vivant.

Sous le régime de Vichy et l’occupation allemande, ceux qui restèrent subirent une triple pression : ils étaient visés comme étrangers et donc, pour Vichy, responsables de la défaite, à côté des Juifs et des communistes ; ils furent mis à l’écart dans des Groupements de Travailleurs Étrangers car on voulait réguler et contrôler cette main d’œuvre en période de chômage ; et c’est dans ces GTE que les Allemands puisèrent pour la construction du mur de l’Atlantique.
Mais beaucoup aussi s’engagèrent très tôt dans la Résistance.

Ils jouèrent même un rôle essentiel dans la Libération. C’était pour eux
le débouché logique du combat qu’ils avaient mené contre Franco.
Ils participèrent ainsi à la reconstruction de l’identité sociale et nationale en France qui trouva dans les valeurs portées par la Résistance la source de son renouveau.

Denis Peschanski
Directeur de recherche au CNRS (Paris, New York)
Président du conseil scientifique du Musée—Mémorial du Camp de Rivesaltes.

Voir en ligne : notre article de présentation de la coproduction

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2 Messages

  • Edito 11 décembre 2010 12:12, par Gonzalez

    Pour ce que j’ai pu en entendre dire par mon père, ce que j’ai pu en lire dans les archives policières et administratives, par les articles de journaux d’époque, les cartes postales, les courriers de ceux qui s’y trouvaient et les textes législatifs, nos parents ont été internés dans des Camps de CONCENTRATION. C’est une décision du félon Pétain qui décida de les dénommer camps "d’Internement" à l’exception remarquable du Vernet et de Rieucrau qui continuèrent à être des camps de concentration.
    Mon père, toujours vivant à 98 ans révolus, demande avec insistance à ce que l’on cesse cette forme de révisionnisme et que l’on respecte ce qu’il a vécu dans divers camps de CONCENTRATION
    Joseph Gonzalez Ocaña, président de Mémoire de l’Espagne Républicaine (MER82)

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    • Edito de D. Peschanski 12 décembre 2010 21:44, par JP.Gambier

      Le rédacteur de l’éditorial, spécialiste de "la France des camps" a tenu a faire un distinguo rédactionnel entre "camp d’internement" en France et "camp de concentration" en Allemagne.
      Ceux qui, comme votre père tout comme les femmes et hommes qui témoignent dans notre série documentaire, ont survécus à cette épreuve, ne s’y trompent pas.
      L’horreur de l’univers concentrationnaire nazi ne peut justifier qu’on lui réserve l’exclusivité de l’appellation camp "de concentration" ou "d’extermination", selon les cas.

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